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23 janvier 2007

Adaptation : suite...

Voici donc l'adaptation de la nouvelle précédente (American dream). La première se passait en Floride, nous sommes désormais dans le sud de Taiwan, à Kenting...
Je sais que la concentration est difficile sur le net et j'ai donc décidé de vous proposer cette nouvelle en deuxc volet. Première partie aujourd'hui, la suite dès la semaine prochaine ou un peu avant. Cette version est un peu plus longue que la précédente et s'intitule "Sous le soleil de Kenting". Tout un programme.
N'hésitez pas à me dire quelle version vous préférez.

Sous le soleil de Kenting


« Mais qu’est-ce que je fous ici ? » Ça lui était venu comme ça. C’était sorti tout seul. Presque sans y penser, dans un raclement de gorge. Il en était d’ailleurs un peu étonné lui-même. Pourtant, à bien y réfléchir, il y avait du vrai dans ses paroles. Il y a toujours du vrai dans la spontanéité. Mais c’était plutôt cet excès d’humeur qui l’avait choqué. Ça ne lui ressemblait pas, tout le monde aurait pu en jurer. Alors quoi ? Pourquoi, au fond, se posait-il cette question ? Pourquoi cette pensée issue du plus profond de ses entrailles remontait-elle soudain à la surface ? Il voulait maintenant en savoir la cause. Tout n’était-il pas parfait ici ?

En plein océan pacifique, en dessous du tropique du Cancer, à la pointe sud de l’île de Taiwan dans cette minuscule ville de Kenting, il était allongé sur un relax, son relax, au bord de la piscine. C’était le rêve. Une vie paradisiaque, des vacances à longueur d’année. Une existence que la plupart des gens lui auraient enviée. Il appelait ça le rêve taiwanais, par opposition dans son esprit au rêve américain.

Pour beaucoup, le rêve taiwanais n’évoque rien. Et cela pourrait même prêter à faire sourire. Mais pour lui, c’était quelque chose. Son rêve taiwanais à lui, il avait un prénom, Kimberley, et une fine silhouette. C’était la poursuite de ce rêve qui l’avait poussé à venir s’installer ici cinq années auparavant. Kim et lui s’étaient rencontrés en France, à Paris au cours de l’une de ces soirées qu’il n’affectionnait pas particulièrement. Ce soir-là, il avait décidé d’être sociable. En effet, la sociabilité ne lui venait pas naturellement. Pour beaucoup, aller à la rencontre des autres est naturel. Une sorte de plaisir, de bien-être, parfois de curiosité. Mais dans son cas, cela n’allait pas de soi. Il fallait qu’il y pense, qu’il se fasse une raison, qu’il le décide. Il avait donc bu, beaucoup peut-être, en tout cas assez pour se désinhiber, pour donner l’impression qu’il était dans son élément. Et ça marchait à tous les coups.

La jolie Kim l’avait remarqué la première. Mais elle avait surtout vu en lui un beau parleur, trop saoul pour être élégant, trop mal assuré pour la séduire. Et c’était bien dommage car elle aurait pu, en d’autres circonstances le trouver mignon. Elle avait 25 ans, elle fêtait la fin de ses études en France. Lui, il avait, depuis l’autre bout de la pièce, entendu son rire, extravagant. Puis il l’avait entendue s’exprimer, entourée de quelques types qui, comme lui, étaient déjà sous le charme d’un fort accent étranger dans un français, grammaticalement plus que correct. Mais il était pour lui hors de question de se mêler à ce groupe affable. Par principe. Alors il avait attendu. Un bon moment. Il avait attendu le bon moment pour l’aborder. Lui parler de tout, de rien. Comment aurait-il pu tenir une vraie conversation, lui qui ne sortait que rarement de son quartier, qui n'avait presque aucune expérience du monde. À cette poque-là, le nom e Taiwan ne sonnait pas vraiment d’une manière familière à ses oreilles, c’était un mot dénué de toute référence. En fait, il n’aurait pas su situer cette île avec précision sur une mappemonde. Bref, il était tout le contraire de Kimberley. Et puis, il n’avait pas l’habitude des étrangères, qui plus est, si elles étaient belles. Il avait 28 ans, il n’avait pas de vrai boulot. Ce ne fut que le lendemain, plus sobre, qu’il l’avait croisée à la terrasse d’un café du XIIIe arrondissement, prétextant un effet du hasard. Au fil de la conversation qui s’était installée entre eux deux, il avait réussi à la faire sourire. Ils s’étaient trouvé des points communs. Le désir d’aimer. C’était aussi dans le brouhaha et l’air chargé de tabac de ce café de quartier qu’il avait appris que Kimberley ce n’était pas son vrai prénom. En réalité elle se prénommait Yiling, mais la plupart des Taiwanais qui voyagent ou qui ne voyagent pas d’ailleurs, choisissent de se faire appeler par un prénom occidental qu’ils se choisissent. Un prénom plus facile à retenir pour qui ne connaît le chinois mandarin selon eux. Et ça avait suffi. Suffit à le décider à suivre Kimberley, là-bas, non pas dans la capitale Taipei, mais à la pointe sud de l’île.

Il s’était alors dit que le destin fait toujours bien les choses pour qui y met un minimum de bonne volonté. Il s’était dit que de toute façon, c’était un moyen comme un autre de découvrir le monde et pourquoi pas d’apprendre quelques mots de chinois. Ne lui avait-on pas répété à l’infini que cette langue aura une importance capitale, un jour. Il l’avait donc suivie, pour quelques mois sur un coup de tête, un coup de cœur. Et puis ce n’était pas une décision bien difficile à prendre dans sa situation. C’était comme des vacances prolongées et exotiques. De petits boulots en en allocations, il était déjà fatigué de vivoter, ne voyant aucune issue possible, à ce cercle qu’il qualifiait de vicieux. Cela faisait cinq ans déjà. Cinq ans à vivre dans ce motel, sous le regard bienveillant du propriétaire, le père de Kimberley, qui lui, rêvait tout de même d’un meilleur avenir pour sa fille, que cet homme de presque trente ans, vivant à la petite semaine, même s’il était un frenchy romantique.

Hou Jianmin Le père de Kim était un personnage. Et en son temps, il avait été novateur. Une quarantaine d’années auparavant, il avait eu l’idée de bâtir ici, à Kenting, un motel à l’américaine. Il n’y avait alors presque rien autour à l’époque, et surtout pas de touristes. L’Amérique l’avait toujours fasciné, ce qui était normal pour un homme de sa génération. Il avait passé sa jeunesse dans le culte d’une Amérique protectrice : le meilleur allié de Taiwan comme l’on disait à l’époque. Les Américains, il avait appris à les côtoyer. Surtout les soldats. En tant que fils de militaire, Hou Jianmin vivait dans les fameux « villages de garnisons » toujours situés à proximité des bases militaires, et réservés aux familles des combattants du Guomindang qui avaient lutté contre le communisme et qui s’étaient repliés sur Taiwan en 1949. C’est là qu’on les parquait. Dans les années 60, lui, Hou Jianmin était un véritable héro dans l’équipe locale de baseball . Et il rencontrait souvent des GI stationnés sur l’île, à l’occasion de matchs qui n’avaient que d’amicaux que le nom. Et c’est de cette manière-là qu’il avait développé une certaine amitié pour les étrangers en général. Et le rêve américain, Hou Jianmin y croyait dur comme fer encore aujourd’hui, et malgré son âge. Le père de Kim arborait toujours un petit air fougueux. Quelque chose dans le regard. Quarante ans auparavant donc, avec toutes ses économies et celles empruntées à la famille, Hou Jianmin avait créé le premier motel de la région, et surtout le premier motel avec piscine. Il croyait au tourisme. Le père de Kim était alors persuadé que les Américains qu’il connaissait si bien viendraient en masse. Mais on ne pouvait pas dire que cette idée fut la plus lumineuse de sa vie. Son motel aujourd’hui encore souvent à moitié vide attirait effectivement quelques touristes. Mais le gros de sa clientèle se composait d’Occidentaux venus s’installer pour des périodes plus ou moins longues, afin de profiter de leur sport préféré, le surf, ou de gagner un joli petit pactole en venant enseigner durant quelques années leur langue maternelle, l’anglais, dans un sud taiwanais pas vraiment séduisant à leurs yeux.

La suite dans quelques jours...

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Commentaires

"Mais qu'est-ce que je fais là ?"

"le juif errant"

Edgar Allan Poe

Ecrit par : bernard | 23 janvier 2007

( Promis, juré: j'arrête d'être méchante!)
Votre récit devient très intéressant: Ces sensations venant des deux bouts du monde... Vous êtes un rêveur- voyageur, en fait un vrai fonceur qui court après ses rêves et tout d'un coup cela prend de l'ampleur. Allez, continuez à foncer, à nous intriguer et à nous émouvoir. On attend la suite avec un immense plaisir.

Ecrit par : Maeva | 23 janvier 2007

A Bernard : Oui, démasqué, j'ai adoré Edgar Poe.

A Maeva : Je suis surpris, agréablement soit, mais surpris. Que de compliments tout d'un coup. Mais ne changez rien, j'adore. La suite arrive sous peu, j'espère qu'elle ne vous fera pas changer d'humeur ...

Ecrit par : L'autre Rive | 25 janvier 2007

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