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28 décembre 2006
Paris-Taipei, Open Ticket : Epilogue
Et voilà, fin de l'année, fin de l'histoire. Voici donci donc le dernier chapitre de "Paris-Taipei, Open ticket". En espérant que la fin plaise aussi à Maeva...
Maintenant que vous avez la nouvelle en entier, n'hésitez pas à me laisser vos impressions. Bonne lecture.
EPILOGUE
Je claque lourdement la porte dont la peinture rouge s’écaille de plus en plus. Je n’ai même pas jeté le moindre coup d’œil en arrière. À quoi bon. Je sais que Matt et John ne seront pas sur le pallier pour me faire leurs adieux. Le sac de toile beige que j’accroche sur mon épaule pèse lourd. Beaucoup plus que lorsque je suis arrivé. Il y a six mois. Alors que je marche dans la ruelle qui sépare l’appartement de l’artère principale, je scrute la moindre chose insignifiante, ayant le sentiment que c’est la derrière fois de mon existence que je pose le regard sur tout ceci. Je tente désespérément de me créer des souvenirs, de gaver ma mémoire de clichés extrême-orientaux. Mais je n’y parviens pas. Je n’y parviens plus. Déjà je me suis accoutumé. J’arrive sur Hoping East Road. À peine ai-je levé le bras, qu’immanquablement un taxi stoppe aussi net devant moi.
-Chiang Kai-Shek Airport !
-Ok, ok, répond prestement le chauffeur, d’un ton entendu.
Le taxi file maintenant à vive allure, se préoccupant bien peu des règles les plus élémentaires du code de la route. Les bâtiments défilent, les rues étrangement familières. C’est ainsi que je quitte Taiwan. Une journée des plus ordinaires. Mais à quoi devais-je m’attendre ? Alors que nous entrons sur l’autoroute, le paysage me semble de moins en moins connu, à peine quelques réminiscences des panoramas entrevus à mon arrivée. Durant ces 6 mois, Taiwan s’est résumée pour moi aux rues de sa capitale. À l’exception de quelques trop rares escapades, au gré des coïncidences, je n’ai presque rien vu de ses côtes, de ses montagnes, de ses forêts, animal urbain que je suis. Mon cœur se serre. Je prends maintenant seulement toute la mesure de ma décision de partir. J’ai l’impression de perdre quelque chose.
Enfin, le chauffeur me fait signe que je suis arrivé. Je paie, récupère mon sac et m’engouffre dans l’aéroport. Cet aéroport flambant neuf est particulièrement impersonnel. Et c’est tant mieux, cela rend, quelque part, mon départ plus serein, moins mélancolique. Je fais enregistrer mes bagages. J’ai encore le temps de fumer une dernière cigarette, à l’extérieur bien sûr. Lisa voulait m’accompagner, tout autant que John mais cela n’était pas possible, ils devaient travailler. Leur présence m’aurait au moins évité de faire les cent pas, seul devant ces immenses portes vitrées. Je repense à eux d’une manière déjà nostalgique, et je revois également tous les autres, tous ces personnages, qui ont participé à ma vie taiwanaise. Et Kate aussi. Je souris. Je prends alors mon téléphone et compose son numéro, presque naturellement. Bizarrement, je ne ressens rien de particulier. Je laisse sonner. Une voix soudain familière dit « allo, allo ». Et je raccroche. Je sais désormais que Kate ne fait plus partie de ma vie. C’est au moment où j’ai entendu sa voix que je m’en suis rendu compte. Cela m’est apparu comme une évidence. Enfin. J’écrase cette dernière cigarette. Puis d’un pas rapide, je me dirige vers la douane. Arrivé devant l’agent, je tends mon passeport. Celui-ci, me le prend des mains très lentement. Il le feuillette, me jette un rapide coup d’œil, regarde de nouveau mon passeport. D’un mouvement ample, il le tamponne bruyamment, le referme soudainement et le pose devant moi, tout en tournant la tête. Ça y est, je suis parti. Cela résonne dans ma tête comme quelque chose d’irréel. Machinalement, tout en marchant, j’ouvre mon passeport. À côté du visa, le tampon de départ : 17 octobre. Six mois de ma vie résumés ainsi. L’interminable tapis roulant me transporte, paisiblement, fébrilement. Mon portable vibre. Ma main plonge dans ma poche. Li Yun. Je ne lui ai même pas dit que je partais.
-Hi, Vincent. Ce soir je vais au cinéma. Est-ce que tu veux m’accompagner ?
-Salut, Li Yun. Je suis vraiment heureux d’entendre le son de ta voix. Je suis désolé pour ce soir, je ne pourrai pas venir. Je pars pour deux semaines. Je te rappelle dès mon retour, ok ? Au fait, tu te souviens de ton amie Hsiao Mei ? Est-ce que la chambre est toujours à louer ? J’aimerais bien habiter avec des Taiwanais.
-Oui, c’est toujours libre.
-Peux-tu lui dire que je suis intéressé. J’ai quitté l’appartement de Hoping. Si c’est bon pour elle, je prends la chambre dès mon retour.
C’est ainsi que j’ai pris ma décision de revenir. Dans deux semaines. Li Yun sans doute. Et puis une envie de découvrir cette île pudique, d’y laisser l’emprunte de mes désirs, de mes espoirs. Deux semaines. Le temps de m’imprégner des « villes invisibles ».

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05:05 Publié dans Paris - Taipei, Open ticket | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Taipei, Taiwan, nouvelle, roman, histoire, expatriés, littérature








Commentaires
Ha !!!
La frayeur jusqu'au bout... excellente fin, en tout cas !
Le fait qu'il n'ait rien vu de Taiwan et qu'il parte me faisait un peu peur... pourtant, c'est à mon avis ce qu'il se passe avec beaucoup de gens... C'est bien dommage pour eux.
Enfin, tu soulèves un fait pour beaucoup d'étrangers ici : la plupart (moi inclus, très probablement) tombent amoureux de Taiwan à cause de (grâce à ?) une Taiwanaise. J'aimerais connaître, parmi la population étrangère qui vit à Taiwan depuis queqlues années, ceux qui sont arrivés ici complètement par hasard, et ceux qui sont venus pour ou avec leur amie... à mon humble avis, la balance penche largement plus d'un certain côté que de l'autre...
Petite coquille dans le premier § : « ayant le sentiment que c’est la derrière fois ».
J'ai adoré lire ce récit, et j'espère en lire de nouveaux bientôt ! Le style me plaît, l'histoire aussi (celle-ci en particulier, puisque je peux m'y retrouver un peu)... j'attends de voir ce que tu nous proposeras dans le futur !
Bonne continuation.
Ecrit par : Pierre | 28 décembre 2006
Je partage l'avis de Pierre (c'est d'ailleurs depuis son blog que j'ai découvert le récit).
Et pour participer à son sondage : Je suis également venu à Taipei la première fois avec ma petite amie de l'époque (2003), avec que je me suis marié (à Taipei en 2005) et avec qui j'ai maintenant une magnifique fille prénomée Mathilde, 員馨 (concue à Taipei, née en France le 6 novembre dernier!)
Ecrit par : Jérémy Lajotte | 28 décembre 2006
C'est exactement ca et la fin est très bien vue ! On arrive à Taiwan par "une" et non "les" femmes et on n'en repart jamais, pris dans le piège d'un climat hallucinatoire dont on n'arrive plus à se défaire...
Ecrit par : yubai | 28 décembre 2006
C'est en entendant plusieurs histoires de rencontres de ce type que j'ai pensé à écrire ce texte. Cela dit, pour ma part, les choses ne se sont pas passées de la sorte. Je ne suis pas venu à Taiwan pour ou à cause d'une femme...
Merci pour vos commentaires, et bonne année à Tous
Ecrit par : L'autre Rive | 31 décembre 2006
Bonjour,
Je suis francais, ne vis pas a Taiwan mais en Italie.
Cependant, je suis alle et vais encore regulierement a Taiwan.
Au debut pour des raisons professionnelles et maintenant parce que je suis marie a une Taiwanaise.
J'ai vraiment apprecie cette nouvelle.
Principalement pour les raisons deja citees: l'atmosphere de Taipei si bien transcrite, le style de l'ecriture, ...
Comme je l'ai mentionneeje vis avec ma femme en Italie.
Mais en lisant cette nouvelle, j'ai resenti l'appel de Taiwan.
Je ne sais pas combien de temps cela prendra mais je sais que notre avenir est la bas.....
Pourquoi faire un roman de cette nouvelle..?
Olivier.
Ecrit par : Olivier | 13 janvier 2007
Heureux que vous ayez apprécié Olivier. Merci pour ce commentaire qui me touche.
J'espère que vous réaliserez votre envie de retour à Taiwan.
Pour ce qui est de votre question (J'imagine que vous avez omis le "pas"?!?) : C'est en cours, mais ce n'est pas à proprement parler une extension de cette nouvelle-ci, même si Taipei est toujours au centre.
Ecrit par : L'autre Rive | 14 janvier 2007
En effet j'ai omis le "pas" ....
Merci d'avoir rectifier de vous meme. En effet sans le "pas" la question prends un tout autre sens.
Ecrit par : Olivier | 14 janvier 2007
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