29 octobre 2006
En attendant le second chapitre
En attendant le second chapitre, de « Paris-Taipei, Open Ticket » je vous remercie pour vos commentaires. Même s’ils sont encore peu nombreux, ils m’ont beaucoup intéressé. C'est toujours intéressant de connaître la perception des autres. L’occasion aussi de parcourir quelques blogs. Ces commentaires m’amènent également à une première réflexion.
Paris-Taipei, Open Ticket, est un mini-roman ou une nouvelle longue, c’est au choix. Mais ce n’est en rien une autobiographie. Je ne m’appelle pas Vincent, je n’ai pas 26 ans et je ne viens pas de « débarquer à Taipei ». Il s’agit d’une pure fiction. J’ai terminé l’écriture de ce récit il y a un peu plus d’un an maintenant (je connais donc la fin, contrairement à vous). Mon idée de départ était de retranscrire par l’intermédiaire d’un personnage (Vincent qui est plus spectateur de sa propre vie qu’il n’en est acteur), les sentiments que l’on peut éprouver en arrivant dans un univers totalement étranger, en l’occurrence à Taipei. Comme dans la quasi-majorité des romans, certains micro évènements se rapprochent de situations vécues par moi ou par d’autres, ce n’est pas mon histoire personnelle ni même celle de quelqu’un que je connais. Juste une histoire possible.
Voilà pour mon premier commentaire en réponse à VOS commentaires. J’espère que le second chapitre qui sera publié d’ici quelques jours vous donnera également envie de vous exprimer et suscitera des réactions.
09:40 Publié dans En attendant la suite... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
26 octobre 2006
Taiwan se met au rock chinois
Taiwan c'est plus ce que c'était ! Hier encore je pensais que la musique Taike (台客) était ce qu'il y a de plus tendance. Et voilà que mes nouveaux amis (voir la photo) me disent que non, que je suis ringard. Le top du top, c'est désormais de faire du rock chinois (中國風格搖滾). Pour ceux qui n'auraient pas compris, c'est du rock mais avec des sonorités chinoises au moyen du Erhu de préférence. Selon mes nouveaux amis, il est temps de retrouver ses racines et d'arrêter de trouver ses influences musicales uniquement dans la musique occidentale. Et pour me prouver la véracité de leur théorie, ils m'ontsorti leur CD qui s'intitule "The descendants of Yandi and Huandi Emperors" (炎黃子孫). Ce qui est certain c'est que mes nouveaux amis ne se sont pas fait embobiner par les thèses indépendistes très en vogue au sein de l'actuel gouvernement.
Au fait mes nouveaux amis c'est le groupe Higher (亥兒) et leur album est pas si mal que ça. Vous avez aimé Tang Dynasty (唐朝)et Assassins (刺客), vous adorerez Higher !
17:00 Publié dans My new best friend | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23 octobre 2006
Paris-Taipei, Open Ticket : Chapitre 1
Sept heures de décalage horaire, trente huit degrés au-dessus de zéro et un pourcentage d'humidité bien au-delà du raisonnable. Taipei : République de Chine, au beau milieu du détroit de Formose, à plus de quinze heures d'avion de chez moi. Vu du toit, juché sur une terrasse du douzième étage qui donne sur une rue anonyme, c'est tout de même une belle soirée d'été. À mes pieds les hommes vont et viennent à une cadence qui m'est encore étrangère. Les néons apposés sur les façades de la large artère que je domine sont innombrables et multicolores. Les rugissements de la rue me parviennent atténués. En levant le nez, au-delà des immeubles mal alignés, flanqués de protubérances diverses, un flanc de montagne se laisse caresser du regard. Couvert d'un vert profond, à peine discernable, c'est une véritable peinture de paysage chinois imbriquée, fondue dans la modernité d'une ville qui, à onze heures du soir, vit toujours à deux cents à l'heure. Au-dessus de ma tête, les avions passent et repassent. Ils sont, eux aussi, infatigables. J'inspire une grande bouffée d'air. Je ne parviens toujours pas à réaliser que je suis ici. Il y a quelques heures, j'étais encore à Paris. Une de ces angoisses provoquée par le sentiment d'être perdu - insécurité de l’inhabituel - l’impression d'être soudain à court de solutions me soulève tout à coup. Je tire sur ma cigarette et reprend mes esprits.
-Réfléchissons. On se calme. Tout va bien.
Je m'appelle Vincent. Il y a six mois de cela, je n'aurais pu situer avec exactitude Taiwan sur une carte, et aujourd'hui, me voilà. C’était une fin de matinée hivernale. Et c’était avec cette fille que tout avait commencé. C'est souvent par la rencontre d'une fille que tout commence ! J'étais confortablement installé, comme toujours, à la table d'un café parisien. Je me souviens que c'était aux alentours de la place d’Italie. Le ciel rayonnait d’un soleil éclatant qui ne réchauffait pourtant guère et j’en étais à mon second expresso. Elle était assise à quelques centimètres de moi, un peu inquiète, tripotant son plan de Paris et le tournant dans tous les sens. Et moi qui me délectais depuis quelques minutes dans la position du voyeur, le regard un rien insistant. C'était la beauté étrange de cette Taiwanaise, sa grâce, son esthétique hors de mes normes, qui avaient en premier attiré mon attention et excité ma curiosité. Peut-être une attitude plus que quelque chose de vraiment plastique. Comme une voix intérieure qui aurait crié : « Je ne suis pas de ton monde ». Sa manière de s'habiller, de se maquiller en attestait. C'est ainsi que je suis tombé amoureux d'elle et elle de moi. Rapidement. Elle s'appelait Kate : elle disait qu'elle n'aimait pas son prénom chinois. La romance avait duré en tout et pour tout trois mois. Trois mois qui avaient été suffisants pour décider que j'allais la suivre, sur son île. Sur un coup de tête, une envie de déraisonnable avant que je n'en aie plus le courage. Tenter une aventure à deux, pour voir. Mais voilà. Une semaine avant le départ, elle cassait tout. Soudain, il ne fallait plus que je partage sa vie. Elle était partie, envolée. Et moi, je restais là. Que s'était-il passé ? Je n’en savais, à vrai dire pas grand-chose. Même si j’aurais bien pu avoir quelques pistes de réflexions que mon ego m'interdisait d'approfondir. Ce qui était certain c'est que j'étais KO debout. Comme si tout s'arrêtait net.
Puis au fil des jours je me suis ressaisi et ai peu à peu mûri cette pensée : notre rêve à deux deviendrait mon rêve à moi tout seul. Ne pas reculer, partir, coûte que coûte. J'avais vu avec elle ce film de Wong Kar-Wai, le fameux « Chungking Express ». Et depuis je ne pouvais m’empêcher de penser que l’Asie ressemblait à cela. Car c’était aussi mon unique référence en la matière. L’Asie était pour moi un grand tout, un univers lointain fait de couleurs saturées, rempli de personnages au comportement énigmatique, tous mus par des sentiments exacerbés, d’une beauté sensuelle toujours sous-jacente, à fleur de peau. Alors, comme pour donner un sens à mon aventure, je me plus à croire que ce serait une bonne idée d'aller vérifier si la réalité pouvait être conforme en quelque point à mon imagination faite d’images de cinéma.
J'ai vingt cinq ans et c'est la première fois que je quitte les frontières finalement exiguës de ma patrie. On ne peut vraiment pas dire que je suis précoce. Mais chacun son rythme. Toujours est-il que je viens de débarquer au « Taipei Hostel », le temple du voyageur occidental. Et me voici accoudé au-dessus de ce muret qui surplombe une des artères principales de la capitale tentaculaire, artère dont j'ai déjà oublié le nom. Il faut dire que les noms chinois ne sont pas des plus faciles à retenir.
Le Taipei Hostel mériterait bien quelques pages d'un roman, plutôt que celles d'un guide touristique. C'est un Hostel des plus médiatiques, avec un site Internet dans un style très psychédélique.
La publicité n'est cependant pas mensongère. Il y a ici tout le confort moderne. Le seul problème c'est que le confort est supposé être entretenu, faute de quoi ce n'est plus vraiment le confort. L'ascenseur, direction le douzième étage, et c'est là que le choc des civilisations se fait jour. La porte s'ouvre, le sol est entièrement couvert d'une moquette brunâtre : l'endroit a vécu. Un téléviseur magistral qui tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trône au milieu du salon. Lui faisant face, un canapé usé, avachi, est investi par une jeune fille, les cheveux ramassés sur le dessus de la tête, la nuque perlant de sueur : la climatisation annoncée n'est qu'en supplément dans une portion des dortoirs. Sur la droite est disposée la réception. C'est un pupitre de bois, vieux meuble récupéré dans une école quelconque, il y a vraisemblablement plusieurs décennies de cela. Derrière, le maître des lieux est toujours très sollicité. Il a plus souvent l'occasion de parler l'anglais que le chinois, c'est un véritable guide touristique qui a réponse à tout. Le Taipei Hostel fait partie de ces rares endroits dans la capitale, où l'on peut louer un lit dans un dortoir pour presque rien. C'est le passage quasi-obligé des étudiants occidentaux désargentés et autres futurs profs d'anglais qui débarquent sur l'île. C'est le point de départ, le lieu de référence avant de trouver ses marques. Mister Lin prend soin de ses poussins avant que ceux-ci ne volent de leurs propres ailes. Pour les plus jeunes ou les plus vulnérables de ses clients, il fait office de père, de confident ou de conseiller. La majeure partie des personnes qui séjournent ici, accomplissent leur premier voyage sur cette île, peut-être aussi leur tout premier pèlerinage en Asie. Parfois leur tout premier voyage tout court. Ils sont comme moi, surpris, désorientés, même s’ils se donnent souvent des airs de baroudeurs. Ne pas montrer ses faiblesses est la règle d’or lorsque on ne se sent pas en sécurité. Monsieur Lin les initie à la civilisation chinoise, il tente de faire le tampon entre Orient et Occident, et il y parvient à merveille.
Après avoir déposé mes bagages sur le lit qui m'avait été assigné par Lin, je suis directement monté sur la terrasse. Et maintenant je n'ose plus bouger de là. Curieux des aventures que je vais sûrement être amené à vivre, mais aussi un peu anxieux de ces nouvelles expériences qui se profilent à l’horizon. Des souvenirs étranges reviennent à la surface de ma conscience, par flashs. Des choses qui sur le moment m'avaient paru anodines, mais qui à l'instant présent se révèlent comme autant de micros évènements qui prennent tout leur sens. Une sorte de nostalgie s'installe en moi. Nostalgie de ma vie passée, qui a pris fin voilà quelques dizaines d'heures à peine. Mais je me sens déjà un autre homme, je me sens vierge, prêt à tout ingurgiter. La moiteur de la nuit est tellement irréelle. Je jette mon mégot de cigarette au sol et en rallume une autre aussi sec.
- Tu as du feu ?
Instinctivement je me retourne et j'aperçois, dans la pénombre, la jeune fille aux cheveux ramassés sur le haut de la tête. Sa silhouette est assez fine et elle porte une robe sans manches toute fripée qui lui descend jusqu'aux genoux. Elle s'avance dans ma direction une cigarette au coin des lèvres. Je sors mon briquet de la poche et le lui tend.
- D'où viens-tu ? Me demande-t-elle.
- De France, et toi ?
Elle allume sa cigarette, me rend le briquet et enchaîne :
- Toronto, Canada !
Elle parle très vite un anglais bien mâché, et je dois vraiment tendre l'oreille pour la comprendre. Puis elle ajoute :
- Je ne supporte pas cette putain de chaleur.
Et elle se passe la main sur le visage comme pour justifier ses paroles, esquissant par la même occasion un léger sourire qui fait apparaître une minuscule fossette.
- Alors, tu es Français ? ! Je suis allée plusieurs fois à Paris, c'est sympa comme ville. Avant je parlais pas mal français, mais j'ai tout oublié. Tu fais quoi ici ? Tu viens d'arriver, pas vrai ?
Ça y est, il faut que je me lance. Je n'ai jamais été très performant en anglais durant ma scolarité. Et je dois puiser au plus profond de moi, faire appel à des bribes de souvenirs de classe - je m’en rends bien compte maintenant - beaucoup trop négligés, pour ne pas paraître complètement ridicule. Je me concentre et fais le grand saut.
- Je suis m'inscrire pour prendre des cours de chinois. Mais je ne sais pas encore où. Je viens tout juste de débarquer. Je suis arrivé cet après-midi.
Je n’allais tout de même pas lui dire que j’ai traversé la moitié de la terre au nom du souvenir d’une fille qui m’a laissé choir.
- Je vois. Moi ça fait quatre mois que je suis à Taipei. Je suis prof d'anglais dans une maternelle. Tu sais avec des petits Chinois qui courent partout. Le plus dur c'est pour se lever le matin. Je n'arrive pas à m'y faire. Mais je vais bientôt déménager. J'ai enfin trouvé une chambre dans un appartement, ce sera plus près de mon boulot. J'espère seulement qu'il y aura moins de cafards qu'ici.
Le léger sourire de tout à l’heure illumine de nouveau son visage. Et elle poursuit :
- Alors tu ne connais encore personne ici ? Moi c'est Lisa. Bienvenue à Taiwan !
Et elle me tend la main. Je fais de même.
- Je suis Vincent.
- Comme c'est mignon l'accent français.
Elle dit ça, mais cela sonne comme si elle disait : « c'est drôle d'entendre quelqu'un avec un accent aussi pourri ! ». Mais, je la remercie tout de même pour le compliment.
- Tu verras, les endroits pour sortir, ce n’est pas ça qui manque dans le coin. D'ici peu, tu connaîtras tout un tas de monde. C'est ce que j'aime le plus à Taipei. Tu rencontres tous ces gens qui viennent de partout. Moi, je vais souvent au Mayflower. C'est un pub. Pas vraiment le genre à la mode, mais j’y ai mes habitudes comme on dit. Et tous mes amis s’y retrouvent le week-end.
- Ah oui, dis-je d'un air vaguement enthousiaste.
Dans mon tréfonds, je ne vois pas trop de quoi elle est en train de me parler. Le décalage horaire, sans doute, la fatigue, sûrement, et puis le sentiment d’avoir débarqué sur une autre planète qui me reste chevillé au corps. Cependant, je m'en voudrais de la couper dans son élan.
- Je vais y aller ce week-end. Si tu veux, on peut s'y retrouver ce samedi soir. Je te présenterai des amis, il y en a qui sont étudiants ici. Ils pourraient te dire dans quelles écoles tu peux t'inscrire, si tu es sûr de vouloir apprendre le mandarin.
- Oui, pourquoi pas. Ce serait sympa.
- Bon, je dois aller me coucher. Demain je me lève tôt. Je te dirai comment te rendre au pub. À plus tard alors.
C'est ma première véritable conversation depuis mon arrivée, si j'exclus le chauffeur de taxi et bien entendu Monsieur Lin. En tout cas, c'est la première personne qui me dit plus de dix mots d'affilée. Du coup, mon stress est un peu retombé et je me sens déjà plus à l'aise dans ce nouvel environnement. Comme je porte machinalement ma main droite sur la poche arrière de mon jean délavé, j’en extrais mon passeport flambant neuf et pourtant déjà déformé d’avoir été constamment collé à mes fesses depuis mon départ de Paris. Je fais rapidement glisser les pages vierges sous mon pouce. Elles défilent à toute allure pour marquer un arrêt net à celle sur laquelle est apposé mon visa. Je regarde le tampon d’arrivée : 18 mai 2005. Et je sais pour qu’on me l’ait répété plus d’une fois au bureau de Représentation de Taipei à Paris que je ne peux pas rester plus de six mois avec ce visa-là. Alors je me prends à rêver, rêver de mon futur, à me projeter dans un avenir improbable. C’est ici que commence l’aventure. Une aventure qui vraisemblablement s’arrêtera d’elle-même, faute de visa.
Kate. Et voilà que son nom me revient, comme un vieux fantôme peut refaire surface alors qu'on ne s’y attend pas. De l’avenir surgit la passé. Chasser ces pensées qui polluent mon doux songe. Mais comment faire. Son visage m’apparaît et mon cœur se serre. Je la revois accoudée sur ce pont reliant les deux rives de la Seine. Une image typique, pas vraiment originale, mais vraie. Elle aimait tant se sentir romantique à Paris. Je me revois m’approcher d’elle doucement et l’enserrer alors qu’elle porte le regard au loin. Même si c’était un regard biaisé, né d’une imagination trop fertile, je le trouvais beau. Le regard porté sur un Paris qui n’existait que dans son esprit. Un regard qui ne cherchait qu’à vérifier ce qu’elle avait lu et surtout pas la réalité contemporaine : un Paris livresque.
04:10 Publié dans Paris - Taipei, Open ticket | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Taipei, roman, Taiwan
8 jours à Taipei
04:00 Publié dans My new best friend | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Vernissage
Bienvenue au vernissage de ce blog.
Taiwan, le miracle économique, les ordinateurs, les semi-conducteurs,
les parapluies, les vélos.... Taiwan est aussi la source de mon
inspiration.
Découvrez mon "mini-roman à suivre" dès la semaine prochaine. Ca s'intitule "Paris - Taipei, Open Ticket"
03:58 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : taiwan, litterature, roman, voayge, taipei








